Chez-soi : réarranger son espace, vital ?

Et si nous mettions ce temps de confinement à profit pour ouvrir les possibles, pour nous, notre foyer, nos territoires ? Assigné(e)s à demeure, nous pouvons chercher ce qui est porteur dans l’expérience inouïe que nous vivons, chez-nous ou dans tout autre lieu.

« Nous sommes assiégés par une épidémie pulmonaire, nous nous défendons contre ses tentatives d’étouffement et le soin de soi coïncide avec le soin des autres. »

Erri de Luca

Commençons par un brin d’attention

à notre respiration et à ce qui nous entoure, puis laissons vagabonder nos rêves et nos désirs. Prenons conscience de nos besoins et aspirations réels ainsi que de nos connexions, dépendances et autres relations. Au cœur d’intrications immaîtrisables, dans la densité de l’heure vécue, pourrait s’éprouver et se trouver l’amorce d’un changement prometteur.

En déployant un minimum d’effort, façonnons ce qui est à la portée de nos mains. Pour nous mettre en mouvement, il peut suffire d’ouvrir un tiroir, un placard, un dossier, et de commencer notre nettoyage de printemps. Faire le ménage physique, et symbolique, est une façon de prendre soin de notre vitalité ! En dosant notre travail, nous pouvons métamorphoser notre bout d’espace de manière modeste, dans la durée. Il s’agit rien de moins que d’habiter, de rendre vivable une atmosphère familière, aujourd’hui, demain et les jours d’après.

« La relation avec notre chez-soi est […] celle d’une immersion : […] nous y vivons comme un poisson dans la mer, comme les molécules organiques originaires dans leur soupe primordiale. »

Emanuele Coccia, La vie des plantes Une métaphysique du mélange

Saisissons ce temps

qui nous contraint à renoncer à nos routines et habitudes. Distanciation physique oblige ! Transformer notre vie quotidienne peut s’incarner dans de multiples petits riens. Saluer nos voisins par la fenêtre à l’occasion d’applaudissements du soir, humer l’arôme d’un café, trop vite avalé d’habitude, partager un rire ou un soupir, chez soi ou à distance, pourraient faire partie de nos menus plaisirs quotidiens. Laissons-nous surprendre par notre créativité, souvent enfouie, voire bridée par notre jugement et celui des autres : n’hésitons pas à tâtonner, nous débrouiller en questionnant nos manières habituelles de faire…

« Loin de se réduire à une expérience statique de l’enracinement, [la maison] représente un dynamisme, un mouvement vers plus d’être. »

Perla Serfaty-Garzon, Chez Soi Les territoires de l’intimité

Alléger notre intérieur

pour qu’il résonne au plus intime de nous, mettre en valeur ce qui nous tient à cœur pourraient nous aider à vivre ! Il peut s’agir d’aménager un espace pour faciliter le télétravail et/ou de dégager un coin de pièce enfoui jour après jour. Au fil de nos interactions avec notre environnement familier, notre organisme façonne nos représentations et relations au monde. Nous avons plus ou moins conscience de ce processus subtil, qui se nourrit d’abord de notre culture et de notre histoire.

Faire avec ce que nous avons sous la main, entretenir, réparer, recoudre, recoller, recycler, mettre de côté pour donner, sont autant d’occasions de (re)découvrir des ressources insoupçonnées. Cette période nous invite à expérimenter autrement notre lieu de vie, réarranger et aimer notre demeure, même précaire. Minuscules, nos réalisations nous encourageront à poursuivre, grâce au plaisir ressenti. Il y a là motivation pour agir, et vivre.

Adaptons-nous, pas à pas

Transformer nos mondes nous appartient, ici et maintenant. Confiné(e)s, interconnecté(e)s, interdépendant(e)s, cultiver les micros joies de l’habiter, sensible et symbolique, nourrit notre métamorphose. L’air de rien, nous déployons notre ingéniosité ! Et puis, se bouger à la maison et se reposer pourraient bien renforcer notre immunité. N’est-ce pas utile, particulièrement en ces temps d’urgence sanitaire ?

Article publié sur Linkedin le 6 avril 2020